NERUDA Pablo

20 06 2011

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(un merveilleux recueil, La Centaine d’amour, ou cent sonnets -sansonnets?- pour célébrer l’amour du Pablo pour sa – ou ses? – belle-s- ; on goûte aux premiers innocemment, on s’attache aux suivants, on dévore les derniers……. Au final, un cours en cent leçons d’une infinie sensualité. Juste trois extraits, ou l’eau à la bouche…)

20

Toi ma laide, tu es une châtaigne hirsute,

toi ma belle, tu es belle comme le vent,

ma laide, de ta bouche on peut en faire deux,

ma belle, tes baisers sont des pastèques fraîches.

Ma laide, tes deux seins où les as-tu cachés ?

Ils sont petits, petits, comme deux coupes de blé,

quand j’aimerai voir deux lunes sur ta poitrine :

les tours géantes de ta souveraineté.

Laide, en sa boutique, la mer n’a pas tes ongles,

belle, fleur après fleur, étoile par étoile,

vague par vague, amour, moi j’ai compté ton corps :

ma laide, je t’aime pour ta ceinture d’or,

ma belle, je t’aime pour la ride à ton front,

mon amour, j’aime en toi le clair avec l’obscur.

27

Aussi simple que l’est ta main, te voici nue :

lisse, terrestre, fine et ronde, transparente,

tu as des lignes de lune, chemins de pomme,

toute nue, tu es mince comme le blé nu.

Nue, tu es bleue, du bleu de la nuit à Cuba,

l’étoile en tes cheveux se mêle au liseron,

toute nue tu es jaune et tu es gigantesque,

on dirait un été dans une église d’or.

Nue te voici petite ainsi qu’un de tes ongles,

courbe, rose, subtile, jusqu’au point du jour

qui te verra rentrer au souterrain du monde

comme en un long tunnel de travaux, de costumes :

et ta clarté s’éteint, et s’habille et s’effeuille

et devient à nouveau une main toute nue.

44

Sache que je ne t’aime pas et que je t’aime

puisque est double la façon d’être de la vie,

puisque la parole est une aile du silence,

et qu’il est dans le feu une moitié de froid.

Mais je t’aime afin de commencer à t’aimer,

afin de pouvoir recommencer à l’infini

et pour que jamais je ne cesse de t’aimer :

c’est pour cela que je ne t’aime pas encore.

Je t’aime et je ne t’aime pas, c’est comme si

j’avais entre mes deux mains les clés du bonheur

et un infortuné, un incertain destin.

Mon amour a deux existences pour t’aimer.

Pour cela je t’aime quand je ne t’aime pas

et c’est pour cela que je t’aime quand je t’aime.

(Neruda Pablo, la Centaine d’amour,

traduction de J. Marcenac et A. Bonhomme

Paris, nrf, Poésie Gallimard, 1995, pp. 51, 65, 101)


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