21092009

J’ai reçu  ce soir l’invitation d’un de mes anciens employeurs à fêter le quarantième anniversaire d’un établissement où j’ai travaillé quelques années. Beaucoup d’émotions, d’images et de sentiments mêlés m’ont envahi et inspiré cette lettre

Il s’agit d’un Externat Médico-Professionnel qui accueille et accompagne quelques dizaines d’adolescents différents, souvent en grande souffrance. C’est à Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne, 40 avenue de Stalingrad. C’est une bande de fous, ça s’appelle le Centre Emile Ducommun, et ça irradie de vie, d’espérance et de citoyenneté

 

 

 

Bourg-en-Bresse, le 21 septembre 09



Mesdames, messieurs,

très chers collègues,



Je reçois ce soir votre invitation à fêter avec vous l’anniversaire du Centre Emile Ducommun avec un très grand plaisir. En effet, je sais ce que je dois à cet établissement et me sens très honoré qu’il pense, à cette occasion, à ma modeste personne. Mais je lis aussi dans cette proposition le signe d’une permanence de l’esprit qui déjà animait Emile « à mon époque »: la qualité d’un accompagnement est d’abord le fruit d’une histoire collective, au delà des différences de qualification ou de génération. En effet, depuis mon départ de l’Empro, plusieurs générations ont dû passer…


J’ai travaillé à l’Empro, en tant qu’instituteur, de 1984 à 1992. Ces huit années constituent le moment fort de mon expérience professionnelle; je ne cesse depuis de m’y référer. J’ai, depuis, un peu roulé ma bosse, et croisé, au regard de ce que j’avais vécu à Fontenay, pléthore d’institutions médiocres, où le confort des professonnels, quoiqu’en disent les discours convenus, priment sur l’intérêt de l’usager. J’ai exercé de multiples fonctions, mangé à la table des ministres (de droite, personne n’est parfait), côtoyé des stars du show-bizz humanitaire, donné des conférences aux quatre coins de France et d’ailleurs… Que du vent, ou presque: rien, en tout cas, n’égalait la puissance de l’expérience humaine que j’avais eu la grande chance de vivre huit années durant dans ce « modeste » Empro.


Je suis aujourd’hui formateur dans un institut de formation d’éducateurs spécialisés et d’assistants de service social. Je sais que l’essentiel de ce que j’essaie de transmettre à ces futurs professionnels vient de ce que j’ai appris de mes collègues et de mes élèves à Fontenay: des valeurs, certes, mais surtout que ces valeurs peuvent être mises en acte, et que, toujours, ce combat vaut d’être mené.


Je ne pourrai être présent à votre journée anniversaire, et très sincèrement, je le regrette. J’aurais voulu y venir, pour croiser le regard de ceux qui poursuivent le chemin, et témoigner peut-être de mon infinie reconnaissance. J’aurais alors voulu citer ces noms et ces visages, de collègues ou d’élèves, qui, depuis maintenant plus de quinze ans, inspirent autant ma vie de professionnel que d’homme:


  • tout d’abord, la figure de Jean Paul Falcucci, éducateur, aujourd’hui décédé, homme de culture et de foi, inlassable arpenteur des espaces improbables entre sagesse et folie

  • bien sûr, Dominique Bureau, psychiatre, sans qui sans doute rien de tout cela ne serait advenu: insupportable, sûrement, mais tellement nécessaire

  • « mes » directeurs, Armand Boissay et Ginette Levacher, qui ont su, contre vents et marées, garder le cap, et je ne mesurais pas à l’époque combien cela était compliqué

  • mon ami, Jean Claude Richy, éducateur technique spécialisé, qui a profondément changé mon rapport au savoir, et le rapport au savoir, pour un instit’, c’est pas rien

  • mes collègues: Christine Pflimlin, secrétaire de direction infiniment dévouée; Yolande Boret, éducatrice, et Ahmed Rehahla, éducateur technique, dont les regards chaque matin pétillaient d’espoir et d’envie; Odette Gabillet, agent de service, si douce et disponible… et bien d’autres encore

  • mes élèves, enfin, j’aurais pu dire d’adord: Nathalie Buenot, Fayssal Chekaba, Eric Rodriguez, Biljana Velic, Alex Draye, Gilles Cianferani, Jean François Breugnon, etc. Et tant de noms dont je me plais encore à imaginer les visages, convaincu que leurs années passées à l’Empro les auront aidés à se sentir plus hommes et femmes parmi les hommes et les femmes.


Ces dernières années, bien qu’à plus de quatre cents kilomètres de Paris, il m’est à plusieurs occasions arrivé de recroiser ces visages: Ginette Levacher, à l’occasion d’un grand barnum, qui m’a rassuré en me faisant en quelques mots comprendre que l’aventure Ducommun était encore en cours; Pierre Nestor, mon prédécesseur au poste d’instit, avec qui j’ai pu partager une année durant des souvenirs de, comme il nous-vous nommait, cette « bande de fous »; Gilles Cianferani, rencontré « par hasard » il y a quelques années sur une aire d’autoroute, abruti de tranquillisants dans son minibus d’ESAT, alors qu’il était si beau et vivant chez Emile, dont le visage s’est illuminé quand il m’a reconnu et demandé des nouvelles d’Ahmed… Autant d’occasions de vérifier que le travail ambitieux et exigeant de l’Empro essaime bien au delà de l’avenue de Stalingrad, pollenise de multiples espaces de vie ou de pratiques professionnelles, et contribue, malgré tout, à faire vivre dans ce monde âpre l’esprit d’un humanisme véritable et renouvelé.


Merci à tous les artisans de cette histoire

Merci de m’avoir permis un temps d’être des vôtres


Très cordialement

 




jazz câlin

28082009

l’aube luit, le jour irise
sur les murs de la chambre endormie
je me réveille et assoupi
sur ton corps offert j’improvise

au coeur de tes paumes ouvertes
quelques notes de Keith Jarett
tes jambes chaudes contre mes pieds nus
trois accords de Charlie Mingus

tu frissonnes, tu frémis
et dans l’oreiller te pelotonnes
mais dans le même temps t’abandonnes
à mes érotiques mélodies

dessinent les courbes de ton dos
les longues lignes de Brad Mehldau
caressent la sphère de tes fesses
les chorus de Johnny Hodges

 tu te loves contre mon corps
tes bras tentent de m’enlacer
dans un élan ensommeillé
contre moi je te serre fort

je me plonge dans tes cheveux fous
sur un air de Madeleine Peyroux
et l’odeur de ta peau m’affole
aux accents de Diana Krall

enfin tu ouvres un oeil fatigué
et murmure des mots inaudibles
j’en profite, élan irrépressible,
pour poser sur tes lèvres un baiser

dans mes mains, tes deux seins jolis
improvisent du Gato Barbieri
et mes cuisses entre tes cuisses
comme un silence de Miles Davis

maintenant tes deux yeux pétillent
ta bouche s’ouvre, gémit et geint
sur mon corps courent tes mains
et sous tes mains mon corps frétille

sur ton ventre jouent mes doigts
des arpèges de Paco de Lucia
et alors je m’abandonne
au tempo de Duke Ellington





Des Forêts Louis René

28082009

Comment ai-je pu, jusqu’à ce jour, ne pas mentionner ce maître-là: j’ai découvert, avec sa prose, ce que voulait dire l’expression « une écriture ciselée ». Une seule phrase de Des Forêts donne à la fois à entendre le gémissement brutal de la lame qui coupe et l’arabesque du poignet de celui qui cisaille.
Il aura une nouvelle fois fallu une discussion avec mon collègue Denis pour me rappeler ce que je dois comme émotions à cet auteur: le parfum tentateur de douces ascèses. 

(Petit extrait de saison)

Par une chaude nuit d’Août, frère et soeur couchés tête-bêche dans l’herbe jouent inlassablement à qui totalisera le plus d’étoiles perçues au firmament, y compris les filantes, la lune et autres planètes. La compétition s’achève en querelle d’astronomes sur l’authenticité invérifiable du meilleur score obtenu. En témoins indulgents, les grandes personnes se gardent d’intervenir: qui triche gagne n’est encore qu’un jeu d’enfant. 

 

Des Forêts, Louis René: Ostinato, Paris, Mercure de France, 1997, p. 119

et je ne peux me résigner à ne pas y adjoindre cette phrase, modeste et incommensurable (ibid. p. 15), qui pourrait, si j’osais, figurer en frontispice de ce blog

Ce ne sont ici que figures de hasard, manières de traces, fuyantes lignes de vie, faux reflets et signes douteux que la langue en quête d’un foyer a inscrits comme par fraude et du dehors sans en faire la preuve ni en creuser le fond, taillant dans le corps obscurci de la mémoire la part la plus élémentaire – couleurs, odeurs, rumeurs -, tout ce qui respire à ciel ouvert dans la vérité d’une fable et redoute les profondeurs. 




c’est reparti

24082009

Connaissez-vous les Monts d’Arrée
dans le Finistère?
Si oui, vous n’aurez aucun mal à trouver les mots
pour un nouvel haï-ku.
Si non, rêvez un instant de landes et de korrigans,
et laissez résonner en vous
l’écho de leurs chants

arreeblog.jpg

 

  1. courir, les pieds nus
    dans la terre, fouettés
    par les baisers des rires.

  2.  

    rouler, les yeux
    croient la poussière, qui leur dit
    qu’ils sont bien fatigués.

 




Loire

24082009

 

lumblog.jpg

 

au profond de l’onde
j’ai cherché l’éclair de tes baisers
la nuit m’a emporté

 

et une belle proposition de phlaurian

je me suis noyé
dans ses yeux, qui, trop vagues,
pleuraient l’aube entamée.

 

last but not least, by Roland

 Ah! reflet doré
Que n’ai-je de toi rêvé!
Jamais caressé.

 




Rentrée manquée

24082009

Enfant, je m’en souviens, les vacances d’été n’en finissaient pas de se terminer. Elles étaient si longues que l’on s’habituait même à l’idée de leur fin, et que, peu à peu, leur terme était presque espéré, tout au moins attendu. On avait eu le temps d’oublier les heures de peine à l’école et la monotonie des semaines parisiennes, d’épuiser les ressources estivales des jardins et des vergers, de s’écoeurer d’odeurs de foin coupé et d’arabesques de papillons.

Fin Août, nous quittions dans la 404 familiale la Franche-Comté des ancêtres et des jeux spontanés pour gagner pour une dizaine de jours une destination variable mais régulière: la grand-mère, mercière besogneuse de Bourganeuf (Creuse), la vieille tante infirmière de Chambon-sur-Vouèze (Allier), ou le petit hôtel du Cap Coz (Finistère).

Là, me semble-t-il, notre principale occupation était, vaste ambition, de tuer le temps: dans des jeux de marchand, épuiser l’arithmétique dans d’incessants échanges de boutons et de galons; collectionner les coquillages ramassés sur la grève, trompettes, couteaux, chapeaux ou minuscules porcelaines; surtout, enfouir nos mollets nus dans les premiers tas de feuilles mortes, dans l’allée de marronniers au delà du pont, et ramasser les premières bogues vert pâle, d’où s’extrayaient avec peine de jeunes marrons durs et luisants.

Le temps semblait long: comme aujourd’hui il se saccade! Si tôt rentré de voyage, à peine mes enfants repartis vers d’autres aventures et ma belle échappée de mes bras, me revoici au travail: incapable de reprendre pied dans les traces d’il y a quelques semaines, juste attentif au souvenir en moi  du mois écoulé.

Mes collègues plaisantent sur mes mollets galbés (je suis resté en bermuda d’estivant), je leur offre à déguster à midi un cou d’oie farci, souvenir d’il y a peu, à Brive-la-Gaillarde; et quand, dans l’après-midi, je sors sous le préau fumer une cigarette, détale devant moi, dérangée dans sa tannière d’été, une superbe fouine: dans cet éclair, surgissent mille rencontres de mes vacances campagnardes, lièvres et chevrettes, circaëtes et martins-pêcheurs, machaons et zygènes…

C’en est fini de ma rentrée, surtout quand, retourné dans la fraîcheur climatisée du bureau, je m’ouvre de cette rencontre impromptue à ma collègue Noëlle: lui parler de fouine est ouvrir une de ses multiples boîtes à rêves, celle-là peuplée de furets et de genettes, autant de sésames pour libérer mes souvenirs d’enfance, renards, belettes, clairières et futaies, sentes et rives, landes et ciels mordorés… et le bruit feutré des pas traînant dans les feuilles de marronniers, là-bas, au delà du pont, sous lequel coule encore l’enfance




septième suggestion

24072009

laissez vous aller
à vos rêveries d’été
et dans le souffle d’un hai-ku
un peu de votre âme donnez nous

 

blogsuran2.jpg

 

grand merci à phlaurian
pour ce nouveau superbe cadeau
folie des sons et des images

 

nous, noués à la nuit,
noyés d’ennui flou,
marchons vers la vie, fous.

 

et une autre proposition
fort élégante aussi
de roland

Ciel ensorcelé
Par des chandelles courbées.
Fatale beauté.




le bout du nez

23072009

Au réveil on s’est amusé
comme deux enfants joueurs
entre morsures et baisers
de très bonne heure
de très bonne heure

Je t’ai chipé ton bout du nez
entre l’index et le majeur
aussitôt je l’ai avalé
ah quel bonheur
ah quel bonheur

 Tu t’en trouvas fort dépitée
et m’implora « Mon bon seigneur
rendez moi donc mon bout du nez »
A la bonne heure
A la bonne heure

Mais au milieu de la journée
Tu m’as quitté mon joli coeur
et tout seul je suis resté
Ah quel malheur
Ah quel malheur




22072009

 

blogbutterfly.jpg

 

 La fleur offerte
au papillon indécis,
impossible amour? 




22072009

 

blogtomato.jpg

 

 Je veille sur elle,
qui combat mille démons
seules les tomates en paix

 

 

 

 







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